La Forme Canonique de l’Architecture d’Entreprise

En rappel d’anciens souvenirs d’adoration des mathématiques, l’idée est ici atteindre, dans la conception d’une Architecture, d’une « Enterprise Architecture », une « forme canonique », la forme unique et durable…

En effet les définitions de l’Architecture Flexible, récentes, sont faites pour que le concept dure.

Cependant, le doute est là. Ce concept résistera-il aux modes et aux avancées technologiques ? D’autres solutions architecturales émergeront-elles ? Les 5 flexibilités apportées suffiront-elles pour traverser tous les aléas ?

La « solidité » de l’Architecture Flexible se trouve dans sa logique de conception, et la recherche d’une forme canonique, pierre philosophale de l’Architecture d’Entreprise.

Des axiomes universels

Un axiome est une vérité première, facilement vérifiable, mais non démontrée. Sur cette base, une théorie peut être développée, dans un enchaînement déductif.

Les axiomes de l’Architecture Flexible sont :

  • l’Architecture se développe dans l’Ecosystème
  • des données de référence partagées existent dans tous les cas de SYSTEMES (domaine, Entreprise, Ecosystème), dans le SI et au delà
  • les modèles « pivot » des données de référence sont simples et stables
  • Ces modèles pivot s’étendent en fractales et par jeu de subsidiarité

Ce jeu d’Axiomes vient en complément de ceux basant la Trame Business :

  • les transformations se font toujours par étapes
  • les événements sont organisés en cycles et parcours
  • les événements sont à l’origine des transformations
  • un SYSTÈME est toujours agité par plusieurs cycles

Ces 8 vérités objectives sont la base logique de tout édifice d’Architecture d’Entreprise. Une base, intemporelle, liée, ni à une technologie, ni à une activité.

Une déclinaison logique

Sans entrer dans le détail, pour chaque cas d’usage, on adaptera l’architecture aux chaînes de valeur, aux objets concernés, aux biorythmes des transformations. On réglera et paramétrera les modèles (MDM, Puits) aux jeux de configuration (désintermédiation, intégration, modèle d’organisation, de collaboration).

Photo de Doisneau (extrait)
Photo de Doisneau (extrait)

Cette déclinaison, ce jeu de construction, est un travail passionnant de conception :

  • où l’on assemble les pièces standards (figures de style) dans un Lego d’Architecture constituant l’épine dorsale architecturale.
  • puis on connecte les composants et applicatifs sur cette épine dorsale, dans un Lego systèmique d’ensemble

Une démarche rigoureuse, logique, créative, car distançant l’existant et ignorant les poncifs et prérequis méthodologiques.

Combler un « vide » conceptuel

A une époque où les anciens dogmes sont brisés, les stéréotypes de haut-niveau, comme les framework d’architecture, ne sont plus opérationnels. Le taylorisme qu’ils préconisaient n’est plus de mise.

L’omni-présence technologique, et l’état de grâce induit, pourrait laisser croire qu’il suffit de développer en méthode agile, d’appliquer les circuits courts de DevOps, d’assembler des microservices.

Même si chaque acteur du SI était infiniment agile, et que tous ces composants s’assemblaient de façon parfaite, que dire du résultat final ? Il serait image, certes d’une infinie qualité dans la perfection du détail, mais restituant une trame, une conception d’ensemble sous-jacente. Cette perfection ne garantirait pas l’adéquation au problème posé. Car cette adéquation ne se joue pas dans le détail et l’anecdote.

Plus que jamais, l’effort de conception est primordial : il conditionne toutes les merveilles technologiques, les projets et leurs habiles servants, la conduite du changement, l’image propagée auprès des utilisateurs et clients, et les services rendus… Avec le nouveau paradigme qui se met en place, se creuse un vide conceptuel.

L’Architecture Flexible, en proposant un schéma d’ensemble, et la façon d’approcher progressivement une cible, comble ce vide conceptuel.

En synergie avec la technologie

Les avancées technologiques ne s’arrêteront pas.

Prenons l’exemple de la Blockchain, présentée comme l’innovation majeure de l’après Internet. Ne nous bloquons pas à la question des cyber-monnaies, qui cache la forêt des usages potentiels. Finalement cette technologie permet de créer des « registres » fiables, infalsifiables. L’équivalent des dispositifs d’enregistrement des actes auprès des services de publicité foncière (où tout un chacun peut déposer un acte pour preuve de son d’authenticité).

N’est ce pas la technologie rêvée pour instancier un puits de données dans le cadre d’un écosystème réunissant plusieurs partenaires ? Elle historise, authentifie, et coupe court à toute contestation.

Les obstacles de performance actuels seront probablement levés, dans les cas pratiques au l’ouverture est restreinte. D’ailleurs c’est la technologie qui est intéressante, et non son cas d’usage pour les cyber-monnaies, où le diable du super profit est à l’oeuvre.

En synergie avec le futur de l’Iconomie

Sur le plan économique, « Iconomique », on n’est pas non plus à la fin du film. Prenons l’exemple des objets connectés.

Dans de nombreux cas, il faudra synchroniser, orchestrer ce déluge d’événements, avec les grandes orgues des applications existantes. Il faudra se fonder sur des référentiels. Bref, émerge un monde hyper-structuré, car les objets n’inventent rien, et leurs messages utilisent un vocabulaire déterministe.

Et l’on verra apparaître des référentiels et « puits » configurés comme pivots de ces données déferlantes. Le V de variété des Big Data ne doit pas cacher la cohérence implacable des automates, au centre de ce cyclone de données.

Une Forme Canonique

L’Architecture Flexible est-elle unique ? Ne serait-elle pas la forme canonique attendue ?

D’une façon ou une autre, dans un monde d’une infinie complexité, on devra reconnaître les concentrations focales qui fédèrent sa sémantique, structurent sa syntaxe, figent ses meta-données.

Par delà les péripéties technologiques, le développement de cette complexité s’organisera autour de pivots de flexibilité, véritables « éléments neutres » de l’algèbre des cyberespaces.

L’Architecture Flexible préfigure cette forme canonique incontournable.

Le système d’information « belle endormie » de la transformation numérique

La Transformation numérique est devant nous. Certes, que de chemin accompli par les GAFA ! Que de changements profonds dans notre quotidien !

Cependant, le gros des troupes des acteurs économiques, des PME aux grandes entreprises et administrations, se met lentement en mouvement. La majorité reste fondamentalement calée sur les processus hérités de l’age d’or de la « paperasserie », et un rythme datant de la première époque d’informatisation.

Les cyberespaces ne sont pas tout

Les cyberespaces ont émergé, sur les bases de l’Internet, de la mobilité. Ils occupent le devant de la scène, affolent les médias, déroutent jusqu’aux informaticiens « historiques » eux-mêmes. Ruptures technologiques multiples, ruptures Business, nano-technologies, économie collaborative… On perd ses repères et les paradigmes habituels sont en lambeaux.

Cette « Iconomie » est en développement rapide. Mondialisée, son poids ne cesse de croître, au point qu’elle dépassera l’économie traditionnelle.

Cependant les cyberespaces ne sont pas tout. L’économie traditionnelle, en déclin, porte encore une grande part de la production d’un pays, et de multiples emplois. Parfois rassurée par ses lauriers désuets, son Made in France, ses merveilles de la Tradition, ses Terroirs où il fait bon vivre, elle en oublie son SI.

Le réveil de la « belle endormie »

Réaction de rejet des ruptures, protectionnisme, discours rassurant et lénifiant … coexistent avec l’enthousiasme pour la créativité des start-up à tout faire, le fil à couper le beurre connecté, …

Et l’angélisme d’un monde meilleur où la démocratie serait garantie par le logiciel de la Blockchain…

Ceci est l’écume de la Transformation numérique. Mais, en silence, il faut que l’économie traditionnelle se réveille, et booste ses systèmes d’information.

Il ne lui suffit pas de couver des start-up, de céder à la mode du marketing prédictif avec force jeux de données, investissements dans des Data Lake. Et les gains d’agilité dans les développements ne referont pas le monde…

Car ce système d’information des économies traditionnelles est une « belle endormie », terriblement structurée par des décennies d’informatisation, et dont on ne peut se passer. L’Entreprise, l’Administration, sont condamnés à faire avec ce SI, quoiqu’il arrive, embarquées sur des supertankers de systèmes imbriqués, adossés à une réglementation pléthorique. Un patrimoine SI sédimenté, lui-même implanté sur des sédimentations d’architectures techniques.

Il faut s’ouvrir au nouveau monde, à ces cyberespaces, à l’économie collaborative, l’internet des objets, le monde inconnu de la Blockchain, à toutes ces transformations, … mais sans pour autant abandonner le SI existant, pilier des activités.

L’hybridation clé de la transformation numérique

De par l’inertie du SI, des processus, et des habitudes des clients et usagers, les évolutions de cette économie traditionnelle ne peuvent être que progressives.

D’aucuns, enragés par l’immobilisme ambiant, et en particulier celui des grandes structures, appellent à la rupture. C’est « lâcher la proie pour l’ombre », une prise de risque considérable, la perte irréversible de positions économiques.

La clé de la transformation numérique des grandes structures est dans l’hybridation de leur SI: il faut assurer cohérence et synergie, entre l’émergence numérique et cette informatique classique, ringarde, mais omni-présente.

Le paradoxe est que peu d’énergie est consacrée à l’hybridation du patrimoine SI historique avec les avancées SI du monde numérique : on continue à appliquer l’organisation traditionnelle, à raisonner par « métier », conforter la « maîtrise d’ouvrage », empiler les « gouvernances », certifier les spécialistes de l’Architecture d’Entreprise, des processus… Toutes recettes rassurantes mais, dans le fond, inadaptées aux enjeux actuels de réveil du SI.

 

On a beau jeu de prôner force projets de « jeunes-pousses », promouvoir l’open data, l’internet des objets… Après cette phase de découverte, la synergie avec le SI existant devra s’imposer. Et la transformation de ce SI imposera son rythme : il est urgent d’anticiper.

Seule stratégie : une approche agile de haut niveau

Il faudrait une stratégie « numérique », pour voir plus loin, au delà de l’enthousiasme de la découverte. Mais, dans le monde actuel, qui est fondamentalement évolutif, tant au plan technologique qu’au plan économique, une stratégie est hasardeuse.

Une idée simple, mais qui ne fonctionne pas, serait de cliver le SI en grands blocs (cf. les 2 IT, l’une rapide, l’autre lente, ou le « system of engagement » et le « system of record »)… L’idée est belle mais, en pratique, il faut assurer une symbiose de détail, intime, entre ces blocs, et, au final, fournir le service cohérent dans une infinie variété de cas de figure. Penser que cette complexité est gouvernable est un leurre.

Une autre idée serait de privilégier l’agilité, dans le développement informatique, grâce aux méthodes agiles.
Mais l’agilité dont on a besoin se situe à un autre niveau, bien au delà des péripéties des projets, dans l’assemblage global des composants, des applications. C’est à dire dans ce qu’il est convenu d’appeler l’Architecture. La mise en mouvement globale du SI exige de disposer d’une « architecture » du SI qui soit flexible, et ainsi de se doter d’une flexibilité, pour le Business, pour le SI et pour la technologie.

La technologie au rendez-vous de la flexibilité

Heureusement, les avancées technologiques actuelles, procurent les bases d’une telle flexibilité, avec :

  • la rupture des coûts et performances d’accès et de stockage des données, permettant toutes sortes de reconfigurations, au delà des mots à la mode (Big Data, Data Lake, …). Les verrous technologiques et économiques ont sauté et les architectures « Data Centric » émergent.
  • les traditionnels clivages entre métiers et mondes IT (études, projet, déploiement, production,…) perdent leur acuité, autorisant un « passage à l’acte » très tôt dans les projets, la fin de l’infernal « cycle en cascade ». Le POC (preuve du concept) devient la règle, ainsi que la démarche incrémentale, pour apporter de la valeur au plus tôt et réduire les risques projet,
  • les échanges de données, de messages, appels de services coexistent, avec toutes sortes de conversions de protocoles, autant de passerelles entre des mondes jadis isolés.

Le terreau technologique permet ainsi de « penser autrement » l’informatisation. Et il permet surtout de réduire, voire à terme supprimer, les clivages entre ancien et nouveau monde IT.

 

Une rupture de pratique pour les projets

Réduire l’écart entre un patrimoine existent indispensable mais ringard, et les nouveaux espaces radieux du numérique, est technologiquement possible. Avec un coût faible, grâce aux avancées de l’Open Source, au regard des enjeux.

Cependant, l’hybridation ne peut se faire en désordre. Elle impose une vue globale, un « urbanisme » pour tracer les allées structurantes. Les méthodes traditionnelles ne peuvent répondre au défi.

Il faut inventer une nouvelle architecture, une architecture fondée sur des invariants, communs à ces différents mondes.

L’Architecture Flexible, est la réponse typique. Son apport se situe justement au niveau conceptuel, et elle s’appuie sur un socle technique qui la sous-tend opportunément.

Car la frénésie autour des projets emblématiques de la « conquête de l’ouest » actuelle, cache le mouvement global nécessaire pour le SI. Ce SI restera encore longtemps structuré en regard des « silos » de l’entreprise, c’est un fait. Il faut simplement créer les points d’articulation pour migrer en douceur, et connecter ces mondes distincts qui vivront à leur rythme.

A la lumière des récents cas d’usages de l’Architecture Flexible, autour de mega-projets concrets, le concept est validé et opérationnel.

Ainsi, apparaît une façon innovante, en rupture avec les pratiques encore dominantes, pour mener de grands projets, en réduire la durée, accélérer l’apport de valeur, et maîtriser les risques Business, sociaux, et techniques.