La mutation de l’Architecture d’Entreprise avec le « Data Centric »

L’Architecture d’Entreprise « historique » en retrait

L’Architecture d’Entreprise s’est constituée par un lent processus de maturation, dans un contexte historique de technologies qui créaient de fortes contraintes, avec de multiples limitations, au regard des puissances technologiques que nous pratiquons maintenant.

Dans le monde actuel, nativement évolutif, cet historique pèse, et la discipline répond de plus en plus mal aux enjeux, se plaçant en retrait des mutations en cours.

L’Architecture d’Entreprise a toujours eu des leviers d’action limités

La fonction d’Architecte d’Entreprise provient du constat des errements créés par le désordre des projets.

Initialement, cette fonction se focalisait sur le périmètre des systèmes d’information, et a, pendant un temps, généré de grands projets avec une cible structurante pour le SI.

Cette époque est révolue, d’une part à cause des taux d’échec inhérents à de tels projets, de la complexité des migrations et intégrations, et de la réduction des moyens disponibles.

Une faible prise sur les projets

Dans l’idéal, ne pouvant casser le récif de corail du patrimoine SI, le plus efficace dans la durée serait un alignement progressif à une cible d' »urbanisme », au fil des projets.

Cet « urbanisme du SI » est une alternative pragmatique aux approches plus radicales fondées sur une démarche de structuration systématique et volontaire. L’Architecture d’Entreprise a en effet abouti à de lourdes méthodologies et une spécialisation professionnelle dont la justification est de plus en plus difficile, dans notre contexte d’agilité tout azimut (voir).

De toutes manières, tous ces efforts sont vains s’ils n’ont prise sur les projets.

Malheureusement, cette action sur les projets, dans le contexte méthodologique et technologique traditionnel, ne pouvait intervenir qu’à l’amont des projets. Dès lors plusieurs difficultés limitaient cet impact :

  • financement difficile des études nécessaires pour créer un apport de valeur tangible de la fonction EA,
  • multiplication des prérequis (cartographies, détours méthodologiques, gouvernance), discréditant la fonction,
  • rigidité de la démarche, adaptation aux aléas difficile, risque systémique accru (effet domino),
  • impossibilité de démontrer pratiquement l’intérêt pour le SI, et surtout l’apport métier.

De ce fait l’impact était affaibli, et on constatait que les projets prenaient, au long de leur cycle de développement, leur autonomie, continuant ainsi les errements habituels, au grand regret des Architectes d’Entreprise.

Finalement, les moyens de coercition de l’EA étant essentiellement théoriques, tout le monde se satisfaisait de la situation, les Architectes d’Entreprise dans leur « Tour d’Ivoire » et les acteurs projets dans leur « cambouis ».

Des investissements transverses minimalistes

Pourtant des besoins de transversalité apparaissent et motivent des actions pour sortir du cadre habituel des « silos » qui caractérisent la plupart des SI historiques.

Mais ces investissements transverses sont minimalistes. Ce sont :

  • les projets de Master Data Management, qui sont parsemés de difficultés et ont bien de peine à trouver les compromis qui satisfassent les divers points de vue, et des intérêts souvent divergents.
  • les projets de rationalisation des flux et échanges inter-applicatifs, qui se limitent à la mise en place de formats « pivots » entre les silos, et perpétuent, de fait, les fonctionnements lents et massifiés traditionnels.

Ces travaux ont une connotation technique telle que les métiers se sentent peu concernés.

Une discipline qui se réfugie dans la méthodologie et le détour

Du fait des fortes contraintes des anciennes époques technologiques, même si le besoin d’une vision globale procurée par l’EA était reconnu, cette approche s’est figée dans une posture académique.

La discipline s’est réfugiée dans une spirale méthodologique, accumulant les versions, le discours, et ne trouvant d’issue que dans le détour, et la recherche d’une cible idéalisée.

Avec l’inertie du bagage académique, l’évolution de l’EA ne pouvait être que de plus en plus en retard sur les évolutions du contexte, sur tous les aspects technologiques (méthodes agiles, micro-services, Big Data…), de Business, et d’usage.

L’Architecture d’Entreprise pilote stratégique des mutations

Cependant, la bonne nouvelle est que l’Architecture d’Entreprise peut disposer de moyens d’action opérationnels et de court terme, créant ainsi une situation totalement inconnue, une rupture, aux multiples effets bénéfiques.

Ainsi, l’Architecture d’Entreprise qui pourrait rester « à la traîne », peut-elle anticiper, selon son rôle traditionnel de visionnaire, et passer à l’acte au travers des projets. Elle peut devenir le pilote stratégique des mutations.

La possibilité d’action opérationnelle à court terme est un changement majeur pour l’EA

Par rapport aux acteurs des projets, l’Architecture d’Entreprise peut proposer une offre concrète de « composants d’intégration », qui leur permet de se focaliser sur la réponse aux besoins spécifiques d’un domaine métier, en s’appuyant sur des services transverses.

Les règles d’urbanisation proposent, et imposent, d’utiliser le levier des données et événements de référence, pour rationaliser progressivement le patrimoine SI, et le doter d’une flexibilité indispensable à l’agilité.

Ce nouveau moyen d’action est une rupture, qui rend obsolètes les lourds investissements méthodologiques, puisque le détour qu’ils préconisent peut être évité. Le chemin de migration et de découverte d’une cible se parcourt en effet progressivement, avec une validation et des apports de valeurs incrémentaux.

Une rupture visible et collant à l’actualité

Dans le parcours historique de la discipline d’Architecture d’Entreprise, cette rupture est majeure : elle donne, enfin, une visibilité et une crédibilité pratique, qui ont jusqu’à présent cruellement fait défaut.

Ce fait arrive à point nommé, car la mutation de la Société exige de l’Entreprise de plus en plus de transversalités, en particulier :

  • pour répondre aux exigences d’immédiateté et d’ubiquité du Digital
  • pour satisfaire des cadres réglementaires qui ignorent les divisions historiques par fonctions et métiers

L’Architecte d’Entreprise peut dès lors s’imposer comme l’acteur de référence, pragmatique, directement opérationnel pour la transformation de l’Entreprise.

Un acteur qui donne du sens

Ce nouveau positionnement opérationnel pourrait être confié à d’autres acteurs de l’Entreprise. Cependant, de par ses autres missions, d’intelligence des transversalités, de compréhension des cibles, raison d’être finale de la profession, l’Architecte d’Entreprise donne du sens à cette impulsion de court terme.

Car l’Architecte d’Entreprise doit intégrer, dans sa vision et ses actions, les principales dimensions  de l’Entreprise et de son modèle d’affaires. Traditionnellement, cette vision ne pouvait trouver d’aboutissement qu’à terme, au travers d’évolutions d’un patrimoine SI rigidifié. Le Data Centric, et plus particulièrement l’Architecture Flexible, permettent le changement de paradigme, et d’introduire de la flexibilité dès le court terme.

Les missions traditionnelles et cette ouverture opérationnelle se confortent en un ensemble ou chaque composante est indispensable : il faut de l’action et aussi du sens.

Un acteur clé du programme de transformation du SI et de l’Entreprise

La transformation de l’Entreprise, dans toutes ses dimensions, est tributaire de celle du SI. En particulier pour les exigences du « Programme Digital », et des contraintes réglementaires que nous avons cité.

Ce nouveau paradigme a de multiples conséquences :

  • sur la conduite du changement,
  • sur la démarche de conduite d’un programme « digital »,
  • sur la mise en oeuvre des composants d’architecture technique,
  • sur la stratégie d’achat (progiciels, composants du marché),
  • sur les méthodologies de projet (prise en compte des synchronisations, développement des API, gouvernance,…),
  • sur l’organisation autour des données,
  • et, bien sûr, le métier même d’Architecte d’Entreprise.

L’Architecte d’Entreprise devient ainsi un acteur incontournable de la transformation du SI, et par ce truchement, de l’Entreprise. Il participe au pilotage stratégique des mutations, et y apporte les composants essentiels.

Le quatrième pilier de l’EA

L’Architecture d’Entreprise a pris sa place en s’appuyant sur 3 bases fondamentales à son apport de valeur :

  • une vision à terme, indispensable pour converger, simplifier, réformer,
  • une conscience de la déformation du socle technologique, des dettes et opportunités associées,
  • le dépassement des silos, par la prise en compte des transversalités de l’Entreprise

L’Architecture Data Centric, et en particulier le type de solution proposée par l’Architecture Flexible, apporte un quatrième pilier, qui sera indissociable des autres.

On pourrait voir cet impact comme local, en certains points du SI, ou sur certaines particularités technologiques. En réalité il concerne tout le SI, toutes les technologies, toutes les chaines de valeur, pour le bienfait de l’Entreprise, et le renouveau d’une profession en voie d’assoupissement.

 

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