Les 6 dimensions systémiques d’un écosystème

Dans un monde complexe, en mutation, dans un monde de plus en plus technologique, la compréhension globale des fonctionnements et interactions est une nécessité.

On ne peut plus en effet se contenter d’une vision étriquée, ciblée sur un métier, un processus, ou quelques modèles d’objet : les frontières d’entreprises se diluent, les événements sont répercutés en tout sens, les individus et groupes sociaux vivent en symbiose avec technologies et avatars.

Il nous faut donc, avant de pouvoir muter les systèmes socio-techniques, de les irriguer de technologies, d’apporter valeurs et satisfactions, comprendre ces systèmes, dans leur globalité, et dans leurs intériorités les plus intimes.

Il faut appréhender, non plus des systèmes isolés, aux frontières figées, mais des écosystèmes en évolution. 

Dans ce monde, la complexité découle de combinaisons infinies de composants matériels, ou vivants, ou immatériels, ou de services. Un tel « écosystème » est difficile, de par cette complexité, à décrire, et à faire évoluer. Ces écosystèmes associent diverses structures techniques, sociales, matérielles, … et ces ensembles ne peuvent être réduits à une de leurs composantes, par exemple aux seuls systèmes d’information.

Cependant il est possible d’identifier, puis d’analyser, les différentes « dimensions » d’un écosystème, et ceci permet d’appréhender chaque dimension en tant que telle, et d’envisager les combinatoires.

C’est une vision « systémique » qui s’appuie sur 6 dimensions, à décrire au cas particulier de tel écosystème.

Quel que soit l’écosystème nous allons retrouver ces dimensions :

Différents cycles et parcours : le « Polygone de Mandel »

Un système, que ce soit une entreprise, un organisme public, ou plus globalement une collectivité, ou plus individuellement une personne, un client …vit au travers de différents cycles et parcours. Il en va de même pour un écosystème, qui associe plusieurs entités naturelles, artificielles, biologiques, etc.

Le schéma du Polygone de Mandel permet de représenter les cycles caractéristiques, et de prendre conscience de leur réalité pour l’écosystème. Ce polygone est un invariant de l’écosystème, ce sont toujours les mêmes cycles et parcours qui caractérisent un écosystème. Ainsi le polygone est une signature génétique.

Polygone des sédimentations et du dérèglement climatique

Cette approche simple s’applique dans tous les domaines, comme nous avons pu l’illustrer au travers de différents articles, sur ce site ou sur le site « value-architecture » :

La démarche d’abstraction ainsi formalisée est un outil indispensable pour poser les bases d’une analyse systémique.

La dimension événementielle et celle de la valeur : la « ©Trame Business »

Pour chaque cycle ou parcours, des événements typiques, vérités premières de l’écosystème, sont autant de moments de ses biorythmes. Et à l’occasion de ces événements se développent des chaînes de valeur, présentées le long de strates de valeur.

La représentation par la ©Trame Business cartographie ces deux dimensions (événementielle et de chaîne de valeur) sur un plan. Elle a été illustrée par de nombreux exemples dans l’ouvrage « De la Stratégie Business aux systèmes d’information » chez Hermes ou bien sur Slideshare).

Trame Business du parcours passager dans un aéroport

On en trouve une présentation synthétique dans l’article « cartographier un univers de valeur ».

Cette représentation de la « Trame Business » est particulièrement efficace pour poser un diagnostic objectif, en abstraction des variantes d’organisation des chaînes de valeur (désintermédiation, partenariats entre producteur et distributeur, …), des solutions de processus, de système d’information ou d’organisation.

Dimension de Collaboration et de Partage : l’ « ©Architecture Flexible »

L’ensemble des domaines de connaissance que l’on retrouve dans l’écosystème constitue un champ sémantique. Il se décline en plusieurs  concepts : processus, objets informationnels, automates, personnes, composants, … Il est devenu normal de voir, au sein de ce champ, des organisations centrées sur les données : des systèmes Data Centric, car les données sous leurs divers formes jouent un rôle fédérateur et de mémoire pour l’ensemble des composantes d’un écosystème.

On observe, au sein de ce champ sémantique, et en particulier pour les données, un continuum entre :

  • à un extrême, des concepts, des connaissances, des données totalement partagés au sein de l’écosystème,
  • et à l’inverse, des concepts, des connaissances, des données totalement « privés » ou locaux à telle ou telle part de l’écosystème,
  • avec bien sûr, une multitude de situations mixtes ou intermédiaires, et d’évolutions de telles situations.

Cette dimension de collaboration et de partage est elle aussi typique des choix de modèle business, de configuration économique, de partage des chaînes de valeur,… et de fondement technologique, au sein de l’écosystème.

A l’âge de la transformation numérique, les équilibres de cette dimension sont bousculés, et de nouveaux équilibres, voire de nouveaux modèles apparaissent.

Il est ainsi primordial d’anticiper sur les bons choix, de positionner les « curseurs » pour placer l’équilibre au bon endroit. Et surtout se donner des capacité d’évolution. C’est pourquoi l’©Architecture Flexible est la clé pour maîtriser cette dimension, et en tirer tous les avantages opérationnels et stratégiques. Elle exploite deux composantes majeures :

  • les données, qui irriguent l’écosystème et donnent cohérence et autonomie à ses composantes, en particulier avec les données de référence et leurs processus associés,
  • les événements, avec en particulier la figure de style des « puits d’événements » pour synchroniser et orchestrer les cycles et parcours.
Les diverses flexibilités d’architecture

Par son approche, générique, l’©Architecture Flexible propose un cadre conceptuel, qui peut se traduire au plan pratique en architecture applicative, puis en architecture technique, ou sous forme de catalogues des services (voir par exemple les APIs définies dans le cadre de l’accélérateur GDPR).

 

La formalisation : 3 niveaux d’abstraction

La connaissance, l’expérience, la culture génèrent et ont générés des concepts : objets du monde réel, acteurs, entités juridiques, matières, produits industriels, services, composants techniques, … Ces concepts sont perçus à trois niveaux :

  • un niveau sémantique, qui clarifie et définit le concept : tel type d’objet, de personne, …
  • un niveau de modélisation qui propose une structure précise pour décrire une instance du concept (modèle de processus, modèle de données, …)
  • un niveau d’instanciation du concept, dédié à un objet physique précis, une personne réelle, …

Ce sont donc 3 niveaux d’abstraction, fortement utilisés dans les technologies de l’information, et partagés par les acteurs métier, les clients, les utilisateurs.

Dépendance entre les 3 niveaux de partage

Cette dimension de formalisation est, elle aussi, générique, et se retrouve dans l’analyse de tout écosystème. Elle facilite l’étude des scénarios de collaboration et de partage, car ceux-ci sont à examiner à ces 3 niveaux.

Le schéma ci-joint montre par exemple la dépendance entre les 3 zones de partage des 3 niveaux.

On dispose ainsi d’un axe formel qui conduit du concept, au modèle, et au réel.

Il constitue la cinquième dimension systémique.

 

 

Dimension temporelle : la Tri-Datation 

Restituer la dynamique et l’évolution d’un écosystème ne peut plus se contenter de schémas figés.

Certes les cycles et parcours jouent un rôle majeur dans l’analyse spectrale proposée par la Trame Business.

Exemple de tri-datation

Cependant la dimension temporelle est de nature particulière. Au niveau du « grain » le plus fin, composant de l’écosystème, celui-ci vit sa vie avec le temps. Il convient d’aborder ces vies avec méthode, comme le propose le principe de la tri-datation. Pour y voir clair entre les faits, les anticipations des faits et les visions qu’on peut en avoir.

Il y a là encore une loi de la nature générale qu’on aurait tort de méconnaître. D’ailleurs les défauts et errements de grands systèmes sont souvent dus aux troubles et approximations dans cette compréhension.